Dimanche 8 novembre 2009
7
08
/11
/Nov
/2009
20:41
Cette nouvelle a été rédigée à partir du fait divers suivant :
Libération 26/09/91
Les quatre mois qui viennent de s'écouler ont dû paraître bien long à C.L.F. Depuis le 4 juin, elle tenait seul le café familial
de Loyat, près de Ploërmel, et s'occupait de ses trois enfants. Elle rendait aussi visite à son mari Gilbet, 37 ans, hospitalisé à la suite d'un « accident ». De jour en jour, elle
pouvait suivre les progrès accomplis par son époux au centre de rééducation de Kerpape. Coma provoqué puis paralysie partielle qui le prive de parole. Enfin, la semaine dernière, Gilbert est
parvenu à articuler quelques phrases bien distinctes. Ce fut pour demander la gendarmerie. Et raconter que Colette avait tenté de l'envoyer ad patres...
------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Ils étaient là, tout les deux devant moi, souriant, presque beaux, et elle, elle passait tous les jours le voir, le voir progresser à
contre coeur. Ça faisait déjà quatre mois que son accident avait eu lieu. Quatre mois qu'elle était seule à gérer le petit café familial, quatre mois qu'elle était seule à s'occuper de ses trois
enfants. Quatre mois qui lui paraissaient sûrement interminables à lui aussi dans son lit d'hôpital. Pourtant il revient de loin , un coma long d'un mois suivi d'une paralysie partielle le privant
de mouvement et de parole. Mais il pouvait compter sur elle qui venait le voir jour après jour, semaine après semaine, elle n'a pas raté une seule journée. Trois fois par semaine il était en
rééducation, une rééducation lente mais qui petit à petit lui a appris à faire les mouvements du quotidien comme marcher, manger seul. L'unique chose qu'il n'avait pas réacquise c'était la parole.
C'est seulement après trois longues semaines d'attente supplémentaire que le miracle se produit : il commença a faire de petits son, puis des mots. Mais ses premiers mots, c'était police, femme,
tuer. On avait très bien compris le sens, mais on pensait qu'il n'avait pas encore toute sa tête.
Et là, ils étaient tous les deux devant nous, lui dans sa robe de chambre, elle menottée, entourée de deux policiers
qui l'amène vers la voiture de police. Et nous on était là dans nos blouses blanches à nous poser toutes les questions possibles: Pourquoi venait-elle tous les jours voir l'homme qu'elle a tenté
d'assassiner ? Pourquoi on a pas remarqué ? Venait-elle le tuer à l'hôpital ? Pourquoi ?!
Simon Le Boursicot.
Derniers Commentaires